Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Voie de Lanrinou : un débat public réclamé

Ci-dessous le courrier qu’ont adressé Bretagne Vivante, Eaux et Rivières de Bretagne et l’AAPPMA* à tous les élus de la Communauté de communes du Pays de Landerneau-Daoulas.

Brest le 15 janvier 2010

Objet : Déviation de Lanrinou

Madame, Monsieur,

Notre association tient à porter à votre connaissance un certain nombre d’informations et de remarques concernant le projet routier dit "déviation de Lanrinou", qui nous semble emblématique d’une époque révolue.

Ce projet de route traverserait ou bouleverserait en effet des habitats naturels très intéressants, l’un des plus précieux étant le boisement humide abritant les rochers à hyménophyles (habitat d’intérêt européen) et abritant un cortège de fougères protégées par la loi : l’hyménophyle de Tonbridge (protection nationale), le dryoptéris atlantique ( protection nationale) et le trichomane délicat (protection nationale et espèce déclarée d’intérêt communautaire au titre de la Directive européenne « habitats, faune, flore). S’y ajoutent des espèces animales également protégées au titre de la législation nationale et communautaire : l’escargot de Quimper, le lucane cerf-volant. Par delà les impacts directs, le maintien de ces espèces végétales et animales dépend étroitement du bon état de conservation de la hétraie atlantique acidophile (habitat d’intérêt européen) qui constitue leur milieu de vie. Dans les zones humides qui doivent être impactées par le futur tracé, sont présents également d’autres habitats reconnus d’intérêt communautaire : tourbières hautes dégradées et mégaphorbiaies et ce tracé s’inscrit globalement dans un complexe d’autres habitats d’intérêt européen, principalement des molinaies ou des prairies à molinies, des landes mésophiles et une boulaie tourbeuse. L’un des ruisseaux qui doit subir un recalibrage, abrite de nombreuses truitelles et des chabots (espèce d’intérêt communautaire) et cette rivière à renoncule constitue elle-même un habitat d’intérêt communautaire. Nous rappelons que le bon état de conservation de toutes ces espèces et habitats d’intérêt communautaire, y compris en dehors des sites Natura 2000 sont de la responsabilité de l’Etat Français vis-à-vis de l’Union Européenne et que les contentieux sont maintenant nombreux et traités directement par les tribunaux français.

Compte-tenu de la richesse du site en espèce protégées, SEPNB -Bretagne Vivante, Association reconnue d’utilité publique, souhaite également attirer aujourd’hui votre attention sur le fait que la « déclaration d’utilité publique » du projet ne saurait permettre l’éventuelle destruction de spécimens d’espèces protégées par la loi lors des travaux (en raison notamment du principe d’indépendance des législations) et qu’il nous paraît par ailleurs illusoire de penser que ce projet puisse répondre aux critères pouvant justifier d’une dérogation aux interdictions de destruction d’espèces protégées, sans laquelle des travaux susceptibles de porter atteinte à des espèces protégées ne peuvent être engagés. Nous assurerons donc une particulière vigilance sur les impacts réels, directs ou indirects de ces travaux, s’ils venaient à être engagés malgré nos mises en garde.

La protection de ces espèces et habitats naturels au titre des législations nationale et/ou communautaire répond aux menaces croissantes pesant sur ces types de milieux et par voie de conséquence sur la survie des espèces qui en dépendent. Leur présence en aussi grand nombre aurait dû constituer un signal d’alarme sur l’impact écologique très fort de ce projet et conduire naturellement à y renoncer. La position exprimée par le Président de la communauté de communes dans l’article du Télégramme du 14 janvier 2010 montre qu’il n’en est rien et qu’il entend s’appuyer sur une déclaration d’utilité publique accordée il y a dix ans, dans un contexte et pour des raisons économiques aujourd’hui caduques, pour mettre en œuvre ce projet à des fins de développement de l’urbanisation. Nous regrettons donc que les interpellations répétées et les mises en garde de nombre d’associations locales et de citoyens n’aient aucunement été prises en considération et de devoir aujourd’hui manifester publiquement et mettre en œuvre à leurs côtés notre opposition à ce projet.

Nous voulons cependant croire que ce contexte légal et écologique avait échappé aux élus de la communauté de commune et que cette information, comme la prise de conscience des impacts majeurs de ce projet sur la biodiversité contribuera à une sage décision d’abandon du projet.

Il nous semble évident par ailleurs que ce projet ne pourra pas répondre aux critères d’éco-conditionnalité lui permettant de bénéficier du financement de fonds européens et, dans un contexte d’incertitude sur le financement des collectivités, l’engagement des finances publiques dans ce projet incertain et très coûteux tant sur le plan écologique que financier, nous semble devoir vous interroger.

Il est également de votre responsabilité d’élu(e), de prendre pleinement en considération les conséquences de ces décisions à l’égard des générations appelées à nous suivre et dont nous savons malheureusement déjà aujourd’hui qu’elle ne bénéficieront pas, pour répondre à leurs besoins vitaux, d’un monde aussi riche, diversifié et équilibré que celui que nous ont légué nos parents.

Détruits ou fractionnés depuis des années par le développement de l’urbanisme et de la voirie qui l’accompagne, les milieux humides seront les premiers à subir en plus demain les conséquences du changement climatique en cours et il est aujourd’hui de la responsabilité de chacun d’assurer la préservation de ce patrimoine naturel inestimable, garant de la ressource en eau.

Les dysfonctionnements hydrauliques (dérivation sur 100 mètres du ruisseau de Kerlezerien, busage sur 260 mètres de petits ruisseaux), les impacts paysagers (24 000 m2 de zones humides ou de marais, remblayés, asséchés ou imperméabilisés), les coupures de couloirs écologiques, que ce projet va engendrer, méritent une révision totale de l’étude d’impact et une remise en cause fondamentale de ce projet élaboré il y une dizaine d’années dans un contexte ou les enjeux en matière de biodiversité, d’équilibres naturels et de ressources en eau étaient encore largement sous-estimés. De plus, l’urbanisation future qui accompagnera la mise en place de cet axe routier annonce d’autres effets, qui ne feront qu’accentuer les dégâts déjà prévisibles.

Consommer, comme nous le faisons maintenant dans le Finistère, 3 hectares par jour de terres agricoles et d’espaces naturels est tout le contraire du développement durable et la réactivation de ce projet, que nous aurions pu croire d’une autre époque, alors même que la communauté de commune du Pays de Landerneau-Daoulas vient parallèlement de signer une charte du développement durable et que la ville de Landerneau vient de décider la mise en place d’un agenda 21, relèverait de l’incohérence ou illustrerait malheureusement le caractère illusoire et fictif de cet engagement dans une démarche de développement durable pourtant aujourd’hui inscrite dans le préambule de la constitution française et dans nombre de lois.

Rappelons par exemple que le code de l’urbanisme, dans son article L.110 mentionne expressément que chaque collectivité publique est à son échelle le garant du territoire national, qui constitue un patrimoine commun de la nation et qu’à ce titre il appartient à ces collectivités « de gérer le sol de façon économe, de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de réduire les consommations d’énergie, d’économiser les ressources fossiles d’assurer la protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la biodiversité notamment par la conservation, la restauration et la création de continuités écologiques » en précisant en outre que « leur action en matière d’urbanisme contribue à la lutte contre le changement climatique et à l’adaptation à ce changement ».

Nous en sommes bien loin et débuter l’année 2010, "année de la biodiversité", par l’annonce de la mise en œuvre d’un tel projet nous semble fort éloigné d’un engagement dans le développement durable et véritablement désastreux en terme d’image pour la communauté de commune de Landerneau-Daoulas.

Aussi, espérons-nous que la raison finira par l’emporter et sollicitant expressément une nouvelle réflexion de la communauté de commune sur ce projet, nous vous présentons Madame, Monsieur, l’assurance de nos salutations les plus respectueuses.

* Association Agréée de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique


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