Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Trop d’éclairage nuit

article résumé du guide pratique réalisé par de la FRAPNA

Eclairer moins et mieux pour :

• économiser l’énergie

• préserver la biodiversité

• garantir une meilleure qualité de vie

• préserver le ciel nocturne

Préambule de Franck Grière, adhérent de l’association nationale pour la protection du ciel nocturne (ANPCN)

« Qui a oublié d’éteindre la lumière dehors ?!

Je me souviens de mon enfance, et de cette phrase scandée par mon père. Nous habitions une petite maison dans un petit village, les wc étaient à l’extérieur, dans une petite cabane, l’hiver ou les soirs d’été il fallait allumer la lumière de la cour pour aller aux toilettes. Poursuivi par des peurs d’enfant, je rentrais rapidement à la maison et en oubliais bien souvent, d’éteindre la lumière !

C’était important à une époque où l’énergie n’était pas gratuite de ne pas la gaspiller comme ça, à éclairer le ciel ! Et finalement on y gagnait à pouvoir observer dans ce ciel resté sombre, un magnifique ciel étoilé, et ainsi chercher à comprendre ce que c’était que l’univers.

Depuis, il me semble tout à fait naturel de ne pas laisser un téléviseur en veille, de ne pas laisser un robinet couler, d’éteindre les pièces où je ne suis pas, etc . Bref pas besoin de campagne publicitaire pour comprendre qu’il est important d’utiliser à bon escient ce que le progrès nous propose.

Malgré cela, à 2h 44 du matin, tout est éteint chez moi sauf l’ordinateur sur lequel je compose ce message, et il fait clair à l’intérieur de ma maison. Pourquoi ? Parce que Quelqu’un a oublié d’éteindre la lumière dehors, dans la rue, sur le parking, dans la ville d’à côté, et tous les villages autour !

Un point me rassure, des études récentes ont démontré que notre vue n’avait pas baissé. Non, nous avons tout simplement décidé qu’il fallait éclairer plus abondamment et longuement, les rues, les parkings, les monuments, et cela en dépit du fait que les voitures qui empruntent ces routes, ces parkings, sont équipées d’optiques de plus en plus performantes.

Les piétons vous me direz ? à 2h44 ?, 49 maintenant, hummmm attendez je regarde ... non personne dans la rue. Mais alors, qu’a t-il bien pu arriver pour que désormais nous ayons la possibilité de laisser la lumière allumée dehors, en pleine nuit ? Une nouvelle source d’énergie inépuisable ? et peu onéreuse ? Gratuite peut-être ? Une énergie propre ? Non... ça se saurait quand même ! Non là vraiment je ne vois pas.

En attendant, j’aimerais savoir qui a oublié d’éteindre la lumière dehors ?! » Franck Grière

La question de l’énergie

Avec 5,6 milliards de kWh, l’éclairage public et la signalisation sont le premier poste consommateur d’électricité des communes. Environ 20% du budget d’énergie d’une commune est lié à l’éclairage public et un peu moins de 50% de la consommation d’électricité d’une commune dépend de l’éclairage public. Ces proportions sont à peu près constantes quelle que soit la taille de la commune. Source ADEME - Energie et patrimoine communal (enquête 2005)

Les effets sur les ecosystèmes

Lorsqu’il fait nuit et que nous voulons dormir, nous sommes obligés de fermer les volets pour nous protéger de la lumière de la rue. Mais qu’en est-il des animaux et des plantes qui n’ont pas les moyens de se soustraire à l’éclairage artificiel ? Ci-dessous, quelques exemples d’effets notoires de l’éclairage artificiel sur des espèces.

1. Les espèces attirées et piégées par la lumière

Les insectes en sont l’exemple le plus connu et le plus étudié. Nous avons tous remarqué les papillons nocturnes tournant autour des lampadaires ou rentrant le soir dans une pièce éclairée. De nombreux insectes sont littéralement piégés par les lumières artificielles au point de mourir d’épuisement quand ils ne sont pas grillés au contact de la chaleur. Tous les groupes sont concernés : coléoptères, diptères, hyménotères, lépidoptères...

L’éclairage artificiel a un impact important sur la diversité et le nombre d’individus. Les points lumineux fonctionneraient à la manière d’un aspirateur en attirant et tuant les insectes présents dans la périphérie. Les insectes ont un rôle essentiel dans les écosystèmes par leur place dans la chaîne alimentaire, et comme pollinisateurs sans lesquels beaucoup de plantes seraient stériles. La surmortalité des insectes due à l’éclairage a donc des conséquences très préoccupantes.

2. La fragmentation des habitats

Une grande majorité des mammifères sont nocturnes ; certains sont nocturnes stricts et d’autres peuvent être actifs aussi bien le jour que la nuit. Un animal qui doit traverser une route éclairée subit un éblouissement qui le rend vulnérable à la circulation. On peut donc aisément comprendre que la faune nocturne sauvage évite, sauf exceptions, les éclairages artificiels. Une route éclairée contribue à la coupure des corridors écologiques et augmente ainsi la fragmentation des habitats. 3. La migration des oiseaux

D’autres espèces, même si elles sont diurnes, ont besoin d’une nuit non perturbée dans certaines étapes de leur vie : c’est le cas de nombreux oiseaux migrateurs qui volent de nuit sur de grandes distances en s’orientant grâce aux champs magnétiques et aux étoiles. Il est maintenant bien établi que la lumière artificielle, et notamment le halo lumineux au-dessus des agglomérations, attire et désoriente les oiseaux migrateurs. Dans des cas extrêmes, des collisions massives avec des bâtiments éclairés ont ainsi été observées.

4. Les exceptions qui confirment la règle

Certaines espèces sauvages se sont adaptées aux conditions artificielles des villes car elles y trouvent des compensations en terme de nourriture ou d’abris. C’est le cas des pigeons, des étourneaux ou, parfois, des renards. Chez le pigeon, il a été montré que l’éclairage artificiel est à l’origine d’une reproduction tout au long de la saison comme pour les poules dans les élevages de batterie. L’adaptation de ces espèces les plus visibles ne doit pas nous faire oublier toutes les espèces pour lesquelles l’éclairage artificiel représente un handicap.

Le respect du ciel nocturne

L’observation du ciel nocturne a toujours fasciné l’humanité. L’éclairage inconsidéré des zones urbanisées prive une large majorité de nos concitoyens de ce spectacle irremplaçable. Le ciel nocturne est également recherché, pour des raisons plus scientifiques, par les astronomes, très gênés pour réaliser leurs observations à travers le halo qui émane des agglomérations. Pourtant l’astronomie connaît un engouement de la part du grand public confirmé par le succès grandissant de la nuit des étoiles.

Eclairage public et sécurité

L’aspect sécuritaire est mis en avant par les fabricants de matériel d’éclairage pour justifier l’éclairage public. Cet argument est mensonger car 80% des cambriolages ont lieu de jour. En ce qui concerne la sécurité routière, une étude sur les autoroutes éclairées de Belgique révèle qu’avec l’éclairage artificiel les conducteurs roulent plus vite. A Paris on constate une diminution des accidents la nuit mais, parallèlement, une augmentation de leur gravité. Ces éléments ne sont pas en faveur de l’éclairage des voies de circulation,. Partout où cela est possible, il est préférable de remplacer un éclairage fixe par du matériel réfléchissant les phares des voitures : la voie est ainsi parfaitement balisée, La collectivité réalise d’importantes économies : pas d’installation de lignes électriques, matériel beaucoup moins cher, pas de consommation d’électricité, maintenance réduite au minimum.

Que dit la législation ?

En France, la pollution lumineuse est prise en compte indirectement par les textes protégeant les parcs nationaux ou par des réglementations d’urbanisme (règlement de zones dans les Plans Locaux d’Urbanismes ou SCOT. Certains types d’éclairages spécifiques sont réglementés et soumis à autorisation préfectorale :

  • les enseignes publicitaires, dans un objectif de protection du cadre de vie et de sécurité routière (loi n°79-1150 du 29 décembre 1979) ;
  • les enseignes à faisceau de rayonnement laser (loi du 2 février 1995).

En l’absence de réglementation satisfaisante, une “Charte pour la préservation de l’environnement nocturne” a été signée par de nombreuses personnalités.

A l’étranger, la Tchéquie a été le premier pays a avoir voté une loi en 2002 contre la pollution lumineuse. En Italie, les lois régionales de 13 des 20 provinces ont promulgué des mesures contre la pollution lumineuse. Le Royaume-Uni a adopté une loi contre la pollution lumineuse en 2005.

Recommandations pour un éclairage moins polluant

En l’absence d’un cadre réglementaire limitant les nuisances de l’éclairage artificiel, les astronomes et les associations de protection de l’environnement proposent une série de recommandations simples aux collectivités territoriales et aux particuliers.

  • Avoir une réflexion sur la nécessité d’éclairer Avant tout projet d’éclairage, quelle que soit son ampleur, il est souhaitable d’avoir une réflexion sur l’utilité de chaque point lumineux prévu pour ne pas contribuer inutilement au gaspillage énergétique et à la pollution lumineuse. Hors des villes, nous préconisons de ne pas éclairer du tout ; on évitera ainsi le risque de couper un corridor écologique important pour le déplacement de la faune.
  • Eviter certains types de lampadaires Lorsque la nécessité d’éclairer est expressément établie la pollution lumineuse peut être nettement diminuée par l’utilisation de lampadaires qui dirigent la lumière vers le bas, uniquement sur le lieu qui doit être éclairé. L’ampoule doit être masquée par un capot pour éviter la diffusion de lumière vers le ciel ou vers la façade des immeubles. Pour réduire la dispersion latérale de lumière, il est recommandé de limiter la hauteur des mâts de lampadaires.
  • Avoir une réflexion sur le type de lampes Différents types de lampes existent mais, il est recommandé d’utiliser des lampes à sodium basse pression.
  • Ne pas éclairer de façon permanente les monuments Ces illuminations peuvent être agréables dans le cadre de manifestations festives de durée limitée mais elles ne devraient en aucun cas être permanentes.
  • Ne jamais éclairer les sites naturels
  • Mettre en place un éclairage différencié : Un éclairage uniforme de la tombée de la nuit au petit matin n’est jamais nécessaire. Après 22h, la décision d’éteindre l’éclairage ou de baisser l’intensité lumineuse permet de réaliser des économies importantes pour la collectivité tout en préservant le ciel nocturne. Les lieux peu fréquentés en pleine nuit ne justifient pas d’éclairage. Les rues de nombreux lotissements et hameaux restent pourtant éclairées toute la nuit.

Sources :

  • Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature. Vous trouverez sur leur site un document plus complet.
  • Association Nationale pour la protection du ciel nocturne
  • ADEME

L’exemple de la ville de Cerisay

Un plan d’éclairage public économe en énergie et respectueux de l’environnement

http://cerizay.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=156:un-plan-declairage-public

Exemple de la présentation d’un plan d’éclairage public par la commune de Cerisay à ses habitants

PDF - 7.9 Mo
présentation d’un plan d’éclairage public

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