Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Pollutions de l’eau. L’incroyable indulgence

Excellent article d’Hervé Chambonnière paru dans Le Télégramme du 29 avril 2012 suivi :

  • d’un coup de gueule de L’AAPPMA contre M. Fayret (Parti Socialiste) Président de la Commission locale de l’eau.
  • de l’intervention des associations à la commission locale de l’eau Elorn

Contrairement aux « voyous des mers », les pollueurs d’eau douce bénéficient d’une incroyable indulgence des autorités. Du contrôle à la sanction, enquête sur une quasi-impunité. Même si la Bretagne apparaît comme la plus sévère... des régions laxistes !

L’intégralité de l’article dans le fichier pdf ci-dessous :

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Les pollueurs d’eau douce

Le dernier coup de gueule de l’AAPPMA (1er mai 2012)

A Mr FAYRE Président de la CLE

A chaque semaine, bientôt à chaque jour son lot de dégradations et d'atteintes à l'environnement, à l'eau, aux rivières. Après les pollutions "accidentelles", les cyanobactéries, les défoliants, voici venue la période de l'érosion avec les pluies de ces derniers jours.

Les champs de patates libèrent leur tubercules jusque dans les caves et les maisons. Ainsi au FORESTIC IZELLA la « patatomanie intensive » a frappé.

érosion des sols

La recette est connue et dénoncée depuis des années : prenez un grand champ (environ 10 hectares), de préférence en pente et surtout sans talus, enlever toutes les pierres, les cailloux, faites de grands sillons, « engraissez » sans faiblesse, traitez le tout et. … attendez la pluie.

Résultat : rien qu'à PLOUEDERN des centaines de m3 de terre arable dans les bois, sur les routes, dans les maisons, dans la rivière puis dans l'estuaire. De belles marées vertes en perspective et sans doute aussi des proliférations de cyanobactéries en eau douce.

En attendant des particuliers contactent leurs assurance - il en est même qui sont malades après avoir dégusté le noble légume livré sur leur trottoir - des services communaux et des services départementaux qui balaient, des tracto-pelles qui poussent. Mais tout ceci n'est pas grave car fort heureusement l'intelligence humaine est sans limite il reste en effet toujours la possible de déclarer le secteur en catastrophe naturelle et... le tour sera joué.

Cette fois c'est le bassin du FORESTIC qui a été touché. Pas grave dirons les incurables optimistes... toute la « merde » est partie en aval de PONT AR BLED. Manque de chance une autre parcelle a subi le même sort sur le JUSTICOU.. et sans aucun doute en de nombreux endroits du Bassin Versant. On imagine en effet les dégâts à l'échelle de la vallée, depuis COMMANA et SIZUN.

Après cette nouvelle pollution, car s'en est une, pensez vous que ces patatiers soient à présent tristes et malheureux pour nos rivières ? Qu'il nous soit permis d'en douter depuis le temps que nous déplorons ces comportements dommageables pour toute la collectivité.(1) La question est une nouvelle de savoir combien de temps la collectivité et les élus en charge des problèmes de l'eau accepteront que des méthodes agricoles spéculatives et catastrophiques pour l'environnement perdurent.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de nos sentiments distingués.

Le Président Jean Yves Kermarrec.

Copie .. Mr le Maire Plouédern

(1) le discours qui tend à nous faire croire que ces pauvres « agriculteurs » ne sont pas responsables devient insupportable. Cela fait des décennies qu'à chaque pluie des centaines et des milliers de M3 de terre sont lessivées par des pratiques irresponsables. Nous venons d'apprendre qu'à IRVILLAC, une nouvelles fois on déplore des phénomènes érosifs intenses.

INTERVENTION DES ASSOCIATIONS (ERB, BRETAGNE VIVANTE, AAPPMA ELORN) à la Commission Locale de l’Eau du 26 avril 2012

THEME ; cyanobactéries et qualité des eaux du lac du DRENNEC

Suite au développement de cyanobactéries dans les eaux du lac du DRENNEC, une mise au point nous semble nécessaire car la communication récente sur le sujet, comme d'ailleurs de manière plus générale sur la qualité des eaux du lac, est pour le moins sujette à interprétation. Ainsi, chacun a pu lire sur le blog de MR Thierry FAYRET (PS) (16 O3 2O12) que « l'eau du lac du DRENNEC fait probablement partie des eaux les moins polluées de Bretagne' ». Un tel message mérite en effet des éclaircissements car à l'évidence il prête à confusion.

Certes, si l'on compare la qualité des eaux du lac du DRENNEC à la plupart des plans d'eau du FINISTERE et de Bretagne (à l'exception du lac ST MICHEL) on peut effectivement affirmer que l'eau du lac du Drennec fait partie des eaux les moins polluées de Bretagne. LA SITUATION EST ELLE POUR AUTANT SATISFAISANTE ?

POUR REPONDRE A CETTE INTERROGATION UN RAPIDE TOUR D'HORIZON

Les nitrates / Les teneurs en nitrates, relevées dans le ruisseau du MOUGAU, à son arrivée dans le lac, sont de l'ordre de 23 mg/litre. Il ne semble pas inutile de préciser que nous sommes là à moins de 5 kms des sources et des zones de tourbières et que nous devrions relever ici au maximun 10 mg/l, Or, nous en relevons largement plus du double. Faut il rappeler qu'en 1992, au moment ou une étude agro-pédologique et paysagère, était menée par le PNRA (1) en lien avec chaque agriculteur du Bassin Versant, les teneurs étaient de l'ordre de 25 mg/l. Précision complémentaire le nombre d'exploitants agricoles était alors de 32. 20 ans plus tard, en 2012 nous en sommes à 23 mg/l. ! La baisse est donc très minime (notons que dans le même temps le nombre d'agriculteurs du BV a été divisé par près de 6 ! )

Algues filamenteuses / Depuis environ 10 ans, selon les années, nous avons à déplorer l'apparition d'algues filamenteuses, (phénomène signalé à plusieurs reprises oralement et par écrit au syndicat de bassin) à tel point que la pêche est parfois rendue difficile, voire impossible. Des dizaines de pêcheurs à la ligne peuvent l'attester. Il y a trois ans, lors d'une pêche au filet pour enlèvement des espèces invasives (gardons...) nous avons dû cesser la pêche dans l'anse du Mougau, jusqu'au niveau de l'îlot, des centaines de kilos d'algues filamenteuses bloquaient le filet qui aurait cédé si nous avions persisté. Curieusement, nous avons pu pêcher sans problème, ce même jour, dans l'anse de l'ELORN !

Pollution bactériologique / plusieurs alertes ont été lancées sur les plages de Sizun et de Commana et le représentant de l'ARS nous a même précisé, lors d'une réunion en mairie de Sizun (29 mars) que la préfecture attendait de ces communes, depuis au moins un an, un document intitulé « Profil de baignade » afin de prendre un certain nombre de dispositions pour mettre un terme à cette situation anormale.

En conclusion, considérer comme le fait le président du syndicat de bassin, (voir son blog du 16 03) que notre ton « est alarmiste » et notre démarche anxiogène nous apprait pour le moins surprenant de la part d'un élu en charge du SAGE ELORN. Communiquer sur le fait que les eaux du lac sont parmi les moins polluées de Bretagne, n'apporte donc strictement rien au débat. L'incontournable réalité est que la qualité des eaux de ce lac, situé en tête de bassin, au pied des Monts d'Arrée n'est pas à la hauteur.

L'Agence de l'eau LOIRE BRETAGNE, dans son communiqué du 17 06 2010 ne dit d'ailleurs pas autre chose « les teneurs en phosphore sont supérieures à la valeur limite qui permet de qualifier un plan d'eau en « bon état »..

Pour en revenir au cyanobactéries.

RAPPELONS au passage qu'une fois encore il semble bien que ce soit la vigilance de l'AAPPMA qui a permis de déceler le phénomène (2)(voir page actu site AAPPMA en date du 7 mars) Ceci précisé, cette nouvelle forme de dégradation de la qualité des eaux du lac mérite des éclaicissements car on entend et on lit beaucoup de choses étonnantes sur le sujet . Ainsi ce phénomène "ne constituerait pas une pollution, "les cyanos existent depuis des milliards d'années ! " Ne serait pas nouveau ! " Par ailleurs, toujours sur le blog du 16 mars de MR FAYRET (PS), on peut lire que les spécialistes précisent que « l'espèce décelée n'est pas toxique » . MR FAYET rajoute " la situation est elle alarmante ? Rien de ne laisse à penser aujourd'hui " . Quelques jours plus tard, comme nous l'avions prévu, changement de ton, une espèce toxique est décelée.... Immédiatement réunion en mairie de SIZUN le 29 mars et prises d'arrêtés venant quelque peu contredire les messages optimistes des jours précédents.

A l'évidence, il devient donc urgent d'être clair et précis sur le sujet, car affirmer que la situation n'a rien d'alarmant sur un site où il est interdit dans les efflorescence de se baigner, de pratiquer des activités nautiques et de manger du poisson, et ceci même s'il s'agit d'une mesure temporaire relève d'un discours totalement incompréhensible pour le grand public et les usagers du plan d'eau.

Enfin, nous entendons bien que pour les spécialistes c'est l'insuffisance des pluies, qui expliquerait ces efflorescences de fin d'hiver et de début de printemps. Dans quelques semaines ne risque t'on pas à l'inverse d'évoquer de trop fortes pluies ayant occasionnés des lessivages ou encore de fortes chaleurs et un grand ensoleillement.?

En effet, chacun sait que les conditions météorologiques peuvent effectivement favoriser de multiples formes de dégradation, mais plusieurs experts s'accordent tout de même à dire, sauf erreur de notre part, que le phénomène se nourrit d'abord et avant tout de phosphore. Quant à ces cyanobactéries qui ne seraient pas de nouvelles venues dans le lac : pour quelles raisons n'avons nous pas été informés des certains résultats d'analyses ?

  • Ne constituaient t'ils pas les premières alertes ? (2005 ? 2007 ?)
  • En ne creusant pas le sujet n'a t'on pas perdu de précieuses années pour tenter de trouver l'origine du phénomène ?

Quant au discours sur les cyanos " qui ont toujours existé " nous le trouvons franchement ambigu. Que le cyanos aient toujours existé certes, mais qu'en est-il de leur prolifération (ou plus exactement de leur explosion) ? Il conviendrait de répondre à la question suivante : la prolifération est-elle oui ou non en rapport avec la qualité des eaux.? En d'autres termes l'explosion n'est-elle pas d'autant plus forte que la qualité des eaux est mauvaise ? (sans oublier les phénomènes d'envasement)

Plus concrètement , est-il envisageable à court terme que l'on ait à déplorer au DRENNEC des blooms aussi violents que dans l'étang du ROUAL ou le plan d'eau de PONT L'ABBE ?

 

CONCLUSION :

  1. L'absence d'une véritable politique de protection et de reconquête de la qualité des eaux du BV du lac du DRENNEC a favorisé la dégradation de la ressource (3). Comment pourrait il d'ailleurs en être autrement lorsque l'on connait la situation sur le terrain ? Quelques exemples :
    • des écoulements très importants de fumier de dindes ont affectée durant plusieurs annéees le ruisseau du MOUGAU (4) – voir prises de vues jointes.Même sur le BV de l'ELORN - pourtant constitué majoritairement de tourbières, - il existe quelques parcelles en herbe surfertilisées et des rus systématiquement traités au défoliant (secteur de ROUDOUDERC'H).
    • des abreuvement et déjections directs de troupeaux de bovins affectent le ruisseau du MOUGAU, 3OO mètres en amont du lac. Nous avons d'ailleurs, dans le cadre d'un programme européen, porté par le PNRA, restauré 6OO mètres de rives complémentement dévastée par les piétinement au lieu dit « moulin Vieux »,
    • la destructuration du bocage sur un secteur jusqu'ici relativement préservé est engagé, ainsi un projet d'arasement conséquent est en cours d'instruction au PNRA (il concerne une exploitation au lieu le MOUGAU).
  2. Nous n' avons que trop tardé à mettre en oeuvre une politique de protection du bassin versant du lac du Drennec Il est urgent de mettre en place des actions en vue d'améliorer et de préserver ce lac stratégique pour l'alimentation en eau de près de 4OO OOO consommateurs et le maintien de 6 agriculteurs sur le BV ne devrait pas nous semble t'il relever d'une mission insurmontable.

    Nous considérons que ce mini bassin versant stratétique doit avoir valeur d'exemple (dans les années 95 le président du syndicat de bassin ne souhaitait il pas mettre en place une charte DRENNEC ? ) En effet, comment imaginez que l'on atteigne l'objectif 21 mg.l sur le cours inférieur en 2O21 si l'on en est encore aujourd'hui au MOUGAU à 23 MG/L à 4 kms des sources ? (5)

    Nous attendons donc ce plan de reconquête de la qualité des eaux « d'alimentation « du lac du DRENNEC.

    Celui ci devra porter, entre autre, sur une remise à jour de l'état des lieux des plans d'épandage et des pratiques de fertilisation .

    A ce titre, il nous semblerait judicieux de reprendre contact avec le PNRA car l'importante documentation cartographique, menée à l'échelle du cadastre issue de l'étudede 1992 permettrait d'aller rapidement à l'essentiel y compris en ce qui concerne le bocage car le travail réalisé avait caractérisé de manière fine le linéaire de talus à préserver.
    Au delà, il apparaît surtout incontournable de mettre en place un périmètre de protection à l'échelle du bassin versant (environ 1 2OO hectares de SAU) et surtout de financer le développement de modes de production agricoles respectueux de l'environnement et en premier lieu de la qualité des eaux.

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(1) Cette étude comportait deux volets ; une partie agro pédogo et une partie bocagère. Un travail de fond avait été réalisé avec chaque agriculteur d'une part pour tenter de comprendre l'origine des teneurs en nitrates du ruisseau du MOUGAU d'autre part pour aboutir à un conseil en terme de fertilisation, parcelle par parcelle. La partie bocage a permis de faire l'historique du bocage dans ce secteur depuis les années 5O et d'élaborer des préconisations afin de maintenir un bocage de qualité prenant en compte les aspects paysagers, érosifs, etc...

(2) Tous les acteurs en charge du dossier de l'eau devraient se réjouir de cette vigilance et de cette posture de lanceur d'alerte, hélas dans la plupart des cas il n'en est rien car à lire et entendre nombre de déclarations, il apparaît que c'est nous qui dérangeons. Faut il rappeler que des agents présents sur le site, ou encore les gestionnaires de la pisciculture qui avaient bien observé le phénomène n'ont rien signalé à personne!

(3) Cet échec « environnemental » est doublé d'un échec social et économique car non seulement la qualité des eaux ne s'est pas amélioré, mais le nombre des agriculteurs a été divisé par 5, voir 6 !

(4) En novembre 2007, nous avons été alertés par un randonneur surpris de constater la présence d'un énorme tas de fumier en bout de parcelle. Nous nous sommes rendus sur place pour découvrir un spectacle qui ne nous avait jamais été donné d'obCette étude comportait deux volets ; une partie agro pédogo et une partie bocagère. Un travail de fond avait été réalisé avec chaque agriculteur d'une part pour tenter de comprendre l'origine des teneurs en nitrates du ruisseau du MOUGAU d'autre part pour aboutir à un conseil en terme de fertilisation, parcelle par parcelle. La partie bocage a permis de faire l'historique du bocage dans ce secteur depuis les années 50 et d'élaborer des préconisations afin de maintenir un bocage de qualité prenant en compte les aspects paysagers, érosifs, etc... SERVER, un gigantesque tas de fumier de plusieurs dizaines de m3 alimentant une véritable mare de purin de plusieurs m3 elle même alimentant un ru d'un débit de l'ordre de 15 à 20 L/sec, lequel après quelques centaines de mètres de pente rejoignait le ruisseau du MOUGAU. Après plus amples informations, nous avons appris que ce tas de fumier était en place depuis plusieurs mois. Il ne fait donc aucun doute que ce sont des dizaines et sans doute même des centaines de milliers de m3 de ce jus qui ont abouti dans le lac. Si nous l'affirmons, c'est que nous venons de constater sur Google Earth que ce tas de fumier apparaît (site référencé en 2005). Ce même tas de fumier est également présent sur un agrandissement photographique d'une vue aérienne du bassin versant du lac en date.... de 2000 ! Rajoutons que directement sur le ruisseau du MOUGAU nous avons dû refaire les berges du ruisseau défoncé par un troupeau de bovins. En effet à moins de 500 mètres du lac, ce troupeau, à certaines périodes de l'année, buvaient, pissaient et chiaient directement dans le ruisseau !

(5) Mr VASSAL précise chaque fois à ce sujet que la qualité des eaux est également dégradée sur plusieurs têtes d'affuents. La comparaison ne tient pas car les affluents auxquels il fait référence se situent dans des zones beaucoup plus intensives où la % de SAU est plus forte. Faut il rappeler par exemple que les sources du MOUGAU se situent dans une des grandes tourbières des MONTS d'ARREE (tourbière vitrine du Conseil général) , de plus, le linéaire bocager de ce BV (même s'il tend à diminuer) est encore assez dense.

 

EAU ET RIVIERES DE BRETAGNE, BRETAGNE VIVANTE SEPNB, AAPPMA ELORN


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