Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Les alertes EcoWatt

POINTES DE CONSOMMATION ELECTRIQUE : PARLONS VRAI !

question du système d’alerte Ecowatt par lequel RTE appelle les consommateurs à modérer leur consommation électrique pendant les périodes dites d’extrême pointe de demande.

Lors du lancement de l’opération fin 2008, le Curc 22 l’avait qualifiée d’opération de « faire-semblant » dans un communiqué toujours accessible sur son internet. Notre jugement n’a pas varié depuis lors.

« Cette poudre aux yeux » a pour effet de tirer la sonnette d’alarme dans l’opinion sur le risque de blackout (si un outil de production ou de transport venait à manquer en période de forte demande, suscitée notamment par le chauffage électrique) mais elle a surtout pour effet de nous aveugler.

En misant sur le seul sens civique des consommateurs, l’opération Ecowatt nous masque habilement les faits suivants :

  • il existe des moyens autrement plus efficaces de lisser la pointe ;
  • ces moyens ont été progressivement et délibérément abandonnés depuis 2000 ;
  • au surplus, de nouvelles technologies disponibles aujourd’hui permettraient non seulement de les réhabiliter mais d’en améliorer considérablement les performances.

Ces dernières années, dans le contexte d’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité où ne vaut plus que l’objectif de vendre un maximum d’électricité, EDF a « laissé filer » les pointes de consommation en modifiant ses politiques tarifaires et ses pratiques commerciales, avec notamment la suppression de l’accès au tarification EJP (Effacement Jours de Pointe – cf plus bas), pour les particuliers et pour les professionnels.

L’Union Française de l’Electricité (présentation de l’UFE en annexe 1) ne dit pas autre chose dans sa contribution de février 2009 à la PPI électrique, fût-ce dans des termes un peu moins directs. Extrait de la page 9 :

L’ouverture des marchés a conduit à focaliser l’attention sur le prix du MWh électrique, et à gommer la dimension puissance maximale appelée, qui demeure, cependant, une des variables essentielle dans le dimensionnement d’un parc électrique. Cela a pu conduire à minimiser le recours aux effacements de puissance, de façon dommageable pour le système et pour la performance CO2 du système électrique. Tous les signaux portant sur la puissance appelée en pointe ont été réduits depuis 2000, y compris au niveau des tarifs d’utilisation des réseaux et des politiques commerciales des fournisseurs.

A la lecture de cette étude (par ailleurs ouvertement pro-nucléaire), menée par l’UFE avec l’appui d’un cabinet d’études, il est intéressant de constater que cette politique des dernières années est désormais remise en cause, eu égard à ce qui est qualifié de « dérives actuelles inquiétantes », en page 8 :

  • forte augmentation de la thermo sensibilité de la consommation française qui est passée de 1500 MW/°C en 2001 à 2100 MW/°C en 2008 ; la France est désormais responsable de la moitié de la thermo sensibilité de la plaque européenne, ce qui induit des aléas forts sur la puissance appelée en fonction des conditions météorologiques,
  • forte augmentation de la pointe, deux fois plus vite que la base sur les dix dernières années. Une majorité peut être imputée à la thermo sensibilité, mais s’y ajoutent le développement soutenu des usages spécifiques de l’électricité, en particulier l’électronique de loisir. La France a perdu 4 000 MW d’effacement depuis 10 ans, soit l’équivalent de 10 Cycles Combinés Gaz. Il faut déplorer la réduction, depuis 2 000, de tous les signaux économiques incitant à moins consommer en période de pointe. Ceci s’observe aussi bien au niveau des tarifs de l’électricité que des politiques commerciales des fournisseurs d’électricité.

« Augmentation de la thermo-sensibilité » : terme châtié derrière lequel se cache les résultats d’une promotion intense, unique au monde, du chauffage électrique.

Le constat est fait par l’UFE que la limitation des appels de puissance en pointe est essentielle pour :

  • réduire les émissions de CO2 liées au recours, dans ces périodes, aux centrales thermiques fonctionnant au charbon, au fuel ou au gaz ;
  • sécuriser le réseau ;
  • réduire les importations, « la France étant importatrice nette en période d’extrême pointe » ;
  • éviter la construction de centrales de pointe « dont les conditions de rémunération ne sont aujourd’hui pas garanties » et optimiser la rentabilité des autres moyens de production utilisés pendant une durée supérieure « dans l’intérêt des producteurs ».

Les motifs environnementaux et les motifs économiques se rejoignent pour plaider en faveur d’un lissage de ces pointes.

L’ UFE réhabilite et développe l’idée d’une politique visant à transférer certaines consommations des heures de pointe vers les heures creuses : « La tendance actuelle n’est pas une fatalité puisqu’il existe des solutions techniques… L’exemple suivant, qui est issu des politiques mises en oeuvre par le passé, fournit un indicateur pertinent pour les pistes d’action à renforcer à l’avenir….

La mise en place des tarifs de type « heures pleines / heures creuses », couplés avec des dispositifs appropriés de report du démarrage effectif des appareils au moment du basculement en heure creuse, permettrait de dé placer environ 2 TWh de consommation de la période de pointe vers la période de base si elle était appliquée à la totalité de la consommation. (L’expérience montre que dans la plupart des cas, les dispositifs automatiques sont plus efficaces que des dispositifs qui font appel à une action du consommateur.)

Il serait, ainsi, possible de réduire la consommation en période de pointe, donc, les émissions de CO2. Cette analyse repose sur la seule hypothèse que les consommations se reportent de la tranche 18h-21h, la plus chargée, vers la tranche horaire 22h-1h…. …conduire des politiques volontaristes qui reportent durablement, et le plus automatiquement possible, des appels de puissance des tranches de pointe vers les tranches de base (de la période 19h00 / 20h00 en hiver, vers une période plus nocturne, après 22h00 ou 23h00). Concrètement, ceci consiste à recommander l’installation large de tout automatisme qui conduit à reporter le démarrage des laves vaisselles, des laves linge, à éviter le démarrage des congélateurs. (Les congélateurs modernes tiennent 24h00 sans alimentation, sans impact sur la chaîne de froid : il est donc possible de différer de manière intelligente leur fonctionnement de quelques heures… de pointe) »

« Ce développement suppose une transformation profonde dans la tarification de l’électricité pour permettre une interaction dynamique entre fournisseurs d’électricité et clients, et refléter de façon plus fine les coûts du système électrique ».

L’UFE défend le tarif HP/PC pour les particuliers et l’EJP pour les industriels. Une tarification financièrement incitative, de type EJP, doit également à notre sens être réhabilitée et fortement promue au niveau des particuliers. Sur les tarifications, voir l’annexe 2 sur celles de EDF, même si nous n’oublions pas qu’il existe d’autres opérateurs et que EDF ne va pas seul remettre en vigueur des tarifications incitatives !

« Cette interaction est elle-même conditionnée au déploiement approprié de systèmes de comptages plus fins (type compteur électronique) et, surtout, à des systèmes de pilotage des appels de puissance performants » . Nous notons qu’un démarrage en ce sens s’amorce avec le boîtier de Voltalis.

► On constate donc que la doctrine des opérateurs en électricité évolue dans le bon sens, s’agissant de maîtriser ces fameuses pointes de consommation.

En revanche, s’il est clair que l’UFE veut remédier aux déséquilibres manifestes nés de ces pointes de consommation incontrôlées d’une ampleur inédite, elle n’entend pas pour autant aller vers une diminution de la consommation globale d’électricité et elle affirme en conclusion (page 21) son « refus ferme de la décroissance », évoquant une « croissance verte » illustrée par ailleurs d’un chiffre : + 15 % de consommation en 2020.

On se heurte là aux limites du discours des industriels de l’électricité qui restent bien dans la logique du « vendre plus pour gagner plus ». S’ils ne rejettent pas les efforts de MDE, c’est pour mieux accueillir par ailleurs de nouveaux usages : pompes à chaleur, voitures électriques, cuisson à l’électricité, nouveaux usages industriels et domestiques… car la doctrine qui sous-tend ce discours est bien celle d’une industrie nucléaire, qualifiée abusivement de « décarbonée », censée pourvoir infailliblement à nos besoins.

►Cessons les amalgames…

Il faut souligner que le problème de ces pointes de consommation n’est pas spécifique à la Bretagne ou à la région PACA (qui ne sont même pas citées dans cette étude) mais concerne tout le territoire français, contrairement à ce que voudrait nous faire croire le directeur de RTE ouest.

Lorsqu’il répète inlassablement que la Bretagne ne produit que 8 % de son énergie, ce même responsable omet aussi de signaler que l’Ile-de-France est à peu près aussi déficitaire que la Bretagne en moyens de production. En revanche la Bretagne à 5 départements est beaucoup mieux placée que l’IDF, avec la production de Cordemais (2600 MW), et dans les mois qui viennent, celle de la centrale de Montoir-de-Bretagne (430 MW).

Il reste que RTE a justifié son appel d’offres de 2006 par un risque se situant au niveau de l’alimentation de la Bretagne-nord, desservie seulement par deux lignes THT. Soit ! Mais alors pourquoi brouiller le message en rappelant sans cesse le déficit de production de la Bretagne car ce n’est pas une centrale Gdf-Suez de 230 MW à Ploufragan qui rendrait la Bretagne autonome en électricité !

On le voit, la confusion est toujours bien entretenue.

►La chance de la Bretagne…

Contrairement aux régions « nucléarisées », la Bretagne constitue un terrain propice à la mise en oeuvre des impératifs issus de l’état de notre climat et de nos ressources : une réduction drastique des consommations, couplée au développement des énergies multiples que recèle notre territoire, dans une nouvelle structure de réseau.

►Sur la période transitoire…

Nous invitons à la lecture de l’intéressante contribution adressée par Brest Métropole au B15 en 2009 : Voici quelques courts extraits : -*« Enjeu : plus de production = plus de consommation » (Bas de page 3) « repartir sur le programme de Ploufragan reviendrait à construire un nouvelle autoroute en espérant que cela suffirait aux voitures existantes sans prendre en compte l’expansion naturelle de la demande que cette nouvelle offre libérerait »

  • « Enjeu : quels risques ? (Haut de page 4) …Certes c’est un risque avéré en cas d’hivers plus rigoureux que d’habitude, pour autant ce risque n’est pas stratégique pour nos territoires : délestages tournants, soit individuellement peut-être 10 heures maxi de coupures par an, en deux ou trois fois. Etre coupé d’électricité quelques heures n’est pas « mortel », ni pour les individus, ni pour l’économie…

…Sur le plan de la pédagogie vers les citoyens : chez soi, individuellement, chacun est en capacité de comprendre que si l’on ne veut pas augmenter sa facture électrique, on ne commence pas par augmenter la puissance de son compteur. Au contraire, quand celui-ci saute, on est informé que l’on a trop consommé et on s’adapte. C’est ce réflexe qu’il va nous falloir intégrer dans les comportements de nos concitoyens et nous disposons aujourd’hui dune formidable opportunité pour en parler et débattre … »

Annexe

L’UFE – Union Française de L’Electricité Extrait du site de l’UFE Créée en décembre 2000 dans le cadre des mesures liées à la libéralisation des marchés, l’Union Française de l’Electricité (UFE), association régie par la loi de 1901, est l’association professionnelle du secteur de l’électricité.

L’UFE représente en 2008, directement ou indirectement, plus de 500 entreprises, producteurs, gestionnaires de réseaux, fournisseurs, commercialisateurs d’électricité qui emploient près de 150 000 salariés pour un chiffre d’affaires en France de près de 40 milliards d’euros.

Les membres de l’UFE sont la Compagnie Nationale du Rhône, DK6, EDF, EDF Energies Nouvelles, Snet Electricite (Groupe E.on France), ERDF, les Entreprises Locales d’Energie, France Hydro Electricité, POWEO, RTE, la Société Hydro Electrique du Midi, GDF SUEZ, le Syndicat des Energies Renouvelables, l’Union Nationale des Entreprises Locales de l’Electricité et du Gaz, Electrabel (Groupe GDF SUEZ).


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