Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Le sol

LE SOL, une richesse trop méconnue et menacée

Le capital naturel le plus précieux est sans aucun doute constitué par le sol
Jean Dorst (in avant que nature meure (1969).

L'urbanisation galopante, les infrastructures, l'agriculture intensive, la circulation automobile, l'industrie sont en train de mettre en péril cette ressource naturelle non renouvelable qu'est le sol.
Il subit des dégradations physiques et chimiques d'origines diverses (atmosphérique, agricole, urbaine, industrielle). Il faut d'urgence essayer de faire prendre conscience de la valeur patrimoniale de la ressource sol qui est une mémoire historique, culturelle et sédimentaire.
Nous n'avons aucun respect pour ce legs incroyable de milliers d'années de constitutions d'humus par la merveilleuse alchimie de la vie, des minéraux et de l'atmosphère.

Pourtant, le 30 mai 1972, le Conseil Européen dans sa charte des sols concluait « le sol est un milieu vivant et dynamique qui permet -l'existence de la vie végétale et animale, il est essentiel à la vie de l'homme en tant que source de nourriture et de matières premières. Il est un élément fondamental de la biosphère et contribue, avec la végétation et le climat, à régler le cycle hydraulique et à influencer la qualité des eaux ».
En avril 2002, l'Union Européenne définit une stratégie en faveur de la protection des sols contre l'érosion, la diminution de sa qualité (par contamination et perte de matière organique) et l'imperméabilisation.
Le 22 septembre 2006, une proposition de directive du Parlement Européen et du Conseil définit un cadre pour la protection des sols et modifie la directive 2004/35/CE pour combler la lacune d'absence de législation communautaire spécifique à la protection des sols.

Il existe désormais une volonté « d'assurer aux sols le même niveau de protection qu'aux autres milieux naturels tels que l'air ou l'eau, parce que les fonctions du sol sont indispensables à la survie de l'homme et des écosystèmes ».
Les fonctions du sol sont énoncées : « production de biomasse, de stockage, de filtrage et la transformation des éléments nutritifs et de l'eau, l'hébergement du vivier de la biodiversité, c'est une plateforme pour la plupart des activités humaines , il fournit des matières premières, tient lieu de réservoir de carbone, et sert à la conservation du patrimoine géologique et architectural ».

Cependant, le sol n'est toujours pas pris en considération par le droit de l'environnement. Il s'agit d'un des milieux les moins bien connus car les sols sont les parents pauvres de l'écologie. Qui connaît l'édaphologie, le chapitre de l'écologie qui concerne les propriétés de la couche superficielle de notre globe, laquelle sert de support à toute l'activité biologique ?

Le sol : ressource naturelle

Le sol est le deuxième réservoir de carbone après les océans et il contient 2 fois et demi plus de carbone, retenu dans la matière organique, que toute la végétation de la planète. A l'inverse, si ce stock diminue, le sol est alors une source de carbone et libère du CO2 dans l'atmosphère, ce CO2 provient essentiellement de la minéralisation de l'humus sous l'action des micro-organismes (biodégradation). C'est un gigantesque « iceberg de vie » à 95 % minéral et qui grouille d'une vie microscopique essentielle à son bon fonctionnement. Dans un mètre carré de prairie vivent 250 millions d'individus qui représentent sous terre le poids de 2 vaches à l'hectare.

On classe les animaux du sol ou pédofaune en quatre catégories selon leur taille :

  • la microfaune (organismes inférieurs à 0,2 mm) :protozoaires et nématodes.
  • la mésofaune (entre 0,2 et 4 mm) :essentiellement des acariens et des collemboles.
  • La macrofaune : (entre 4 mm et 80 mm) : ce sont les vers de terre, fourmis, certains carabes, cloportes, myriapodes, limaces, escargots, araignées…..
  • La mégafaune (plus de 10 cm) : les vertébrés : des mammifères, des reptiles et des amphibiens. » (extraits tirés du site Bretagne –Environnement).

Le sol est un produit de la vie, un organisme vivant qui respire, assimile, démantèle et accumule des réserves, un filtre et un réservoir d'eau. C'est un monde complexe, fragile, interface entre le vivant et le minéral, sorte de super organisme constitué au fil des siècles (un sol arable met 500 ans pour se constituer) qui remplit de multiples fonctions essentielles.
Les artisans de la fabrication d'un sol sont une multitude d'espèces et d'organismes souvent microscopiques, « dans l'empreinte d'un pas laissé par un marcheur dans un sol forestier, il y a autant d'animaux et animalcules que d'habitants en Suisse » ( in « guide de l'écologie) du Cémagref).

Les bactéries sont les micro-organismes les plus nombreux, de 1 milliard à plusieurs milliards d'individus par gramme de sol, les champignons sont quant à eux présents par centaines de millions « 1 gramme de feuilles de litière de hêtre contient 7 kilomètres de filaments mycéliens » (opuscule cité).

Des mesures faites en Angleterre ont montré que « sur un hectare on trouvait 140 tonnes d'humus comprenant 2,2 tonnes d'organismes vivants (insectes, vers, algues, champignons, bactéries) qui jouent un rôle de premier plan dans la transformation et le cycle des éléments chimiques et dans la transformation des matières organiques » (in « Avant que nature meure »).

L’action de l’homme

Les surfaces agricoles et les espaces naturels sont grignotés à grande allure (voir dossiers « biodiversité » et « les espaces péri-urbains ») et souvent sans discernement, un seul exemple, la ZUP de Villejean à Rennes à été construite sur les meilleures terres agricoles d'Ille et Vilaine…..
L'on observe par ailleurs une perte de matière. organique et une contamination inquiétante des sols. Origine de cette contamination : 76 % du cuivre provient des fongicides, 70 % du zinc des effluents d'élevage, 89% du cadmium, des engrais, 97 % du plomb des retombées atmosphériques (les sols d'Ile de France contiennent 140 000 tonnes de plomb provenant de la circulation automobile).
D'après l'Académie Agricole (1999) « les sols des jardins sont potentiellement pollués par de nombreux intrants liés à une pratique agricole intensive ». Par ailleurs, selon l'ADEME, près de 300 000 sites seraient potentiellement pollués en France……

En agriculture intensive, l'emploi massif de pesticides, d'engrais, d'antibiotiques dans l'élevage contribue également à la contamination des sols. Dans «  l'Express » du 12/06/2003, des chercheurs de l'INRA soulignent que « le zinc et le cuivre (présents dans le lisier de porc) sont toxiques pour les végétaux et les êtres vivants ».
La Bretagne est de plus la région de France la plus émettrice d'ammoniac : environ 150 000 tonnes en 2005 (cf n° 136 de la revue « Eau et Rivières de Bretagne ») à l'origine des pluies acides qui endommagent les forêts et empoisonnent sols, lacs et rivières.

L'épandage des boues des stations d'épuration peut être aussi source de contamination des sols.

Le remembrement qui s'est intensifié dans les années soixante, aboutit à l'augmentation de la taille des parcelles et corrélativement à la suppression des haies, des talus, des fossés. La destruction des plants adventices (« les mauvaises herbes ») par les herbicides laissent le sol à nu.
La modification des méthodes de travail du sol par la mécanisation augmente les risques d'érosion. Le travail du sol est plus profond, le labour se fait dans le sens de la pente, le sol est tassé par le poids des engins de plus en plus volumineux, conduisant à la formation en profondeur d'une semelle de labour compacte et peu perméable.
Le sol est affiné exagérément et est plus vulnérable à l'entraînement. Par ailleurs, la fertilisation par engrais minéraux au dépend de la fumure organique augmente le rendement immédiat mais déstructure peu à peu le sol. Sa teneur en matière organique diminue, cette diminution et l'utilisation de produits phyto-sanitaires entraînent une diminution corrélative de l'activité du sol. Les lombrics, indicateurs de la qualité des sols, sont moins nombreux et n'assurent plus « le labour biologique » assurant l'homogénéisation et l'aération du sol alors que la formation de croûte de battance est favorisée, celle-ci ralentissant la perméabilité du sol » extrait de Cordis Focus n° 233)

Ruissellement et Erosion des sols

Nature du couvert végétal
Ruissellement
forêt
2%
prairies
5%
culture du blé
25%
culture du maïs
50%

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Le ruissellement et l'érosion des sols entraine la contamination des cours d’eau par les matières en suspension et les substances qu’elles adsorbent, la stérilisation du lit mineur par les particules fines et la diminution de la diversité halieutique. Ces écoulements transportent aussi pesticides et engrais, aggravant ainsi les risques de pollution des cours d’eau.

Les cultures sarclées (maïs et pomme de terre) favorisent les phénomènes de ruissellement, car elles induisent un travail important du sol et la formation de rangs qui constituent des couloirs d’écoulement préférentiels empruntés par les eaux.

Il existe pourtant des techniques pour l'éviter :

  • travailler le sol pour favoriser l'infiltration de l'eau (déchaumage grossier, enrichissement en teneurs en matière organique, implantation de cultures intermédiaires, etc.)
  • maintenir un couvert végétal tout au long de l'année en réalisant des semis d'une culture donnée dans un couvert végétal vivant (par ex : maïs sur un couvert végétal de graminée ou de trèfle), Mieux encore, utiliser le mulch d'une interculture.
  • une technique récente pour les semis de pomme de terre : le cloisonnement des interbuttes, technique qui consiste à implanter des diguettes dans les sillons de pommes de terre.
  • etc...

Que peut-on faire ?

Pour tenter de limiter les menaces tant quantitatives (urbanisation, infrastructures.…) que qualitatives (érosion, perte de fertilité,stockage de métaux lourds, de pesticides, d’antibiotiques, de produits chimiques, de bactéries pathogènes…) qui pèsent sur les sols, il faut un débat citoyen s’appuyant sur une approche systémique et une gestion intégrée où chacun doit prendre conscience de ses choix.

  • L’élaboration des PLU et des SCOT est un axe d’approche pour une gestion économe de l’espace et un outil pour la préservation des terres agricoles et des espaces naturels.
  • La mise en place des SAGE doit permettre de mettre en œuvre des actions sur le plan qualitatif car le premier milieu aquatique c’est le sol et de sa qualité dépendra celle de l’eau des rivières et des aquifères profonds. Dans ce cadre, il faudrait procéder à l’analyse des sols des bassins versants sous l’angle agronomique, pédologique et biologique, en particulier ceux des parcelles régulièrement soumises au couple infernal maïs-lisier. Ces analyses permettraient une prise de conscience des problèmes et la mise en œuvre des remédiations possibles. Ainsi, dans le cadre du Contrat de Baie Rade de Brest de nouvelles pratiques agricoles ont été proposées à 19 exploitations agricoles à Loc-Eguiner-Ploudiry.

Dans le cadre des OGARE (opérations groupées de mise en valeur d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement) et des ORGFH (orientations régionales de gestion de la faune sauvage et des habitats) de nouvelles méthodes de culture pourraient voir le jour dans des actions traitant de biodiversité et d’agriculture en s’appuyant sur la méthode IDEA (indicateurs de durabilité des exploitations agricoles). La rotation des cultures, le choix des variétés, les TCS (techniques culturales simplifiées), une fertilisation raisonnée et des méthodes de lutte non chimique pour la protection des cultures permettent d’avoir une biomasse de 1 à 3 tonnes de lombriciens à l’hectare dans certaines parcelles. Le travail du sol exercé perpendiculairement à la pente, selon les lignes de niveau, doit être privilégié dès que la topographie le permet. Les opérations JEFS (jachères environnement et faune sauvage) et les jachères fleuries à intérêt apicole (comme au Tréhou) sont aussi des occasions à saisir pour retrouver une gestion agricole des sols de « bon père de famille ».

Des aides significatives à l’agriculture biologique et durable doivent être apportées et l’écoconditionnalité devrait être systématique pour l’octroi des aides afin que les paysans puissent vivre de leur travail dans le cadre d’une agriculture socialement équitable, économiquement viable et respectueuse de l’environnement et ce dans une campagne vivante.

Pour les JARDINS, il faut noter avec satisfaction le lancement de la charte « Jardiner au naturel….ça coule de source » sur le territoire du contrat de baie rade de Brest (137 communes) par Brest Métropole Océane en partenariat avec des associations d’environnement, de consommateurs, de jardiniers et des jardineries et des magasins de bricolage. Celle-ci a pour but de « diminuer durablement la vente de produits phytosanitaires de jardin et d’augmenter la vente des alternatives non chimiques ». Dores et déjà 27 magasins (20 jardineries et 7 magasins de bricolage) souhaitent y participer. Une charte du même type a été lancée sur la communauté d’agglomération Rennes Métropole et a été distinguée par le prix national des eco-maires en 2005.

Quant aux sites pollués (près de 300 000) leur gestion est problématique car l’extrême complexité du droit français ne satisfait personne. Il est en effet créateur d’insécurité juridique pour l’industriel qui ne dispose pas d’une règle claire. Pour Arnaud Gossement de FNE (dossier risque) n°219 de la « lettre du hérisson » « la seule question de l’identification du responsable des désordres suscite un contentieux interminable. Pendant ce temps, des nappes phréatiques conservent des hydrocarbures et des maisons sont construites sur d’anciennes carrières remblayées avec des déchets de toutes sortes…. Le salut pourrait venir de la cour de justice des Communautés Européennes qui tend à simplifier et à structurer le dispositif juridique relatif aux sols pollués à partir de la législation déchets. Or cette dernière est très contraignante puisqu’elle oblige un retrait pur et simple des déchets et non à une dépollution graduée en fonction de l’usage futur du site. De plus, en matière de police de déchets, le préfet n’est pas seul compétent car le maire peut agir également. Les associations de protection de l’environnement et des consommateurs peuvent constituer une force de proposition pour faire évoluer le droit des sols pollués vers le principe simple forgé par le juge européen : aucune considération économique ne peut primer sur une question de santé publique ». Le groupement d’intérêt scientifique sur les sols (GIS sols) devrait permettre d’achever en 2010 l’inventaire cartographique des sols de France, ce qui en fera un outil de premier ordre.

Il nous faut dès maintenant nous investir pour que le sol soit reconnu Patrimoine Commun de la Nation car nous avons pris beaucoup de retard pour sauvegarder cette ressource essentielle pour l’humanité.

    Pour en savoir plus :

- "La gestion des sols et des apports de déchets organiques en Bretagne" (Conseil Scientifique de l’Environnement du Conseil Régional)
- "le sol, la terre et les champs" de Claude Bourguignon : Editions SANG DE LA TERRE"
- "Sols et Environnement" de Michel Claude Girard chez Dunod
- "Le sol, la terre et les champs" de Claude Bourguignon. Editions Sang de la Terre (Un ingénieur agronome plaide pour une agriculture durable.)
- "Le monde secret du sol" de Patricia Touyre chez Delachaux et Niestlé
- "Agriculture et biodiversité" de Julie Bertrand. Editions Educagri.
- "La faune, indicateur de la qualité des sols", document de L’ADEME 1996
- "Terre nourricière, afin que vivent les hommes" de F. Monnier. Editions l’Harmattan
- "Compost et paillage au jardin" de Denis Papin. Editions Terre Vivante, 160 pages, 18 €
- "le ver de terre au jardin" Editions Eugène Ulmer
- "Un jardin sans travail du sol" de Dominique Soltner guide conseil diffusé par TCS 61, rue du XXème Corps Américain 57 000 Metz tél : 03 87 69 18 18 Prix : 5 €

* Revue TCS (techniques culturales simplifiées ) 5 numéros par an – même adresse que le guide conseil * Revue "les quatre saisons du jardinage" Ed. Terre Vivante 38710 tél : 04 76 34 80 80

    LIENS

- http://www.stats.environnement.developpement-durable.gouv.fr/acces-thematique/sol/le-sol.html (un site qui fait le point sur l’érosion , le phosphore, la biodiversité des sols, la matière organique des sols, etc... )
- http://basol.environnement.gouv.fr (actions des pouvoirs publics sur les sites pollués)
- http://www.sites-pollues.developpement-durable.gouv.fr/
- http://basias.brgm.fr (inventaire historique des anciens sites industriels –3700 dans le Finistère)
- http://www.inra.fr/internet/hebergement/afes/ afretsol@orleans.inra.fr
- http://91.121.162.160/THE/JOANNON.pdf (thèse de doctorat sur le ruissellement érosif dans les bassins versants agricoles)
- http://www.inra.fr/dpenv/pdf/lacrod24.pdf (Désintensification et préservation des ressources naturelles (eau et sols)
- http://gissol.orleans.inra.fr/index.php
- http://www.manifestepourlespaysages.org (contre l’étalement urbain)
- http://erosion.orleans.inra.fr/rapport2002
- http://www.bretagne-environnement.org (rubrique « les sols »)
- Le site de Claude Bourguignon : http://www.lams-21.com

Exposition de l'INRA :

les sols « une ressource à protéger » - 8 tableaux - location possible au 01 30 44 13 43


LA DESTRUCTION DES SOLS PAR L’AGRICULTURE INTENSIVE

Interview de Claude Bourguignon, microbiologiste des sols


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