Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

La biodiversité : "Et si, aujourd’hui, la Bretagne était en Bio ?"

LA BIODIVERSITÉ  (Acte du colloque de la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique de France)

"ET SI AUJOURD'HUI, LA BRETAGNE ÉTAIT BIO ? "

Comme pour d'autres indicateurs, il n'est pour l'instant pas possible d'évaluer de façon précise et chiffrée la variation de biodiversité induite par une Bretagne biologique. Cependant, des données qualitatives sérieuses sont disponibles.

1. Comparaison de systèmes biologiques et conventionnels

Nous nous appuyons ici sur une synthèse très complète réalisée en 2003-2004 par Hole, Perkins et al. : « Does organic farming benefit biodiversity ? » (Biogical Conservation n°122, 2005, pp. 113130). Ces auteurs ont étudié pas moins de 76 études internationales comparant l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle.
Selon Hole et al., l'agriculture biologique conduit à

• une flore plus riche (jusqu'à 3 fois plus) ;

• davantage de bactéries, micro-champignons et nématodes, avec une activité biologique supérieure (sauf quelques contre-exemples) ;

• plus de vers-de-terre (une étude fait état de 275 vers-de-terre par m² en bio, contre 21 seulement en conventionnel) ;

• un plus grand nombre de papillons, de scarabées et d'autres arthropodes ; et à la fois un plus grand nombre et une plus grande diversité d'araignées ;

• davantage de mammifères (rongeurs) ;

• et nettement plus d'oiseaux, avec un bien plus grand nombre d'espèces présentes.

Les auteurs reconnaissent l'existence de quelques contre-exemples (explicables par des spécificités des systèmes étudiés), mais ils ajoutent que plusieurs facteurs tendent à sous-estimer l'impact de l'agriculture biologique ... qui pourrait donc être encore plus important. Ils supposent également que les techniques biologiques ont probablement un effet très positif sur la biodiversité marine côtière (grâce àl'absence de produits chimiques de synthèses transportés par les eaux de ruissellement).

2. Agriculture biologique : les facteurs favorables à la biodiversité

Selon Hole et al., les impacts positifs de l'agriculture biologique sur la biodiversité peuvent s'expliquer par trois grandes raisons :

  • absence de produits chimiques de synthèse
  • existence de zones de compensation écologique plus importantes (haies, fossés... )
  • gestion globale de l'exploitation (rotations culturales, association polyculture-élevage, place des prairies... )

Il nous semble possible de préciser les facteurs de biodiversité de l'agriculture biologique (directement et indirectement liés à la réglementation biologique)

des facteurs liés directement à la réglementation biologique

• l'absence totale d'usage d'engrais chimiques de synthèse sur l'ensemble du parcellaire

• la limitation des apports d'azote organiques à 170 unités par hectare et par an maximum

• l'absence totale d'usage de pesticides ou herbicides chimiques sur l'ensemble du parcellaire

• l'usage des haies comme vivier de prédateurs naturels des parasites des cultures

• la priorité accordée aux espèces et races locales (biodiversité domestique)

• des rotations plus riches pour palier l'absence d'engrais chimiques (en grandes cultures généralement 5 à 6 cultures successives dans la rotation)

• une couverture hivernale du sol (engrais vert, nécessaire pour pallier l'absence d'engrais chimique)

• des facteurs systémiques indirects mais tout aussi puissants

• des prairies temporaires complexes (généralement 7 espèces différentes, incluant des légumineuses et des graminées : trèfles, luzerne, mélilot, brome, dactyle, fétuques...)

• des prairies permanentes très riches (souvent plus de 15 espèces différentes)

• un parcellaire à taille réduite, afin de profiter au maximum du rôle des haies dans la maîtrise des parasites des cultures

• un entretien des prairies et cultures par la fauche prioritairement au broyage (meilleure maîtrise des adventices)

• une limitation de l'irrigation, notamment en privilégiant les cultures (ou les variétés) adaptées aux conditions naturelles

• l'entretien modéré de prairies humides (chargement réduit)

• l'implantation de couverts herbacés en viticulture (qui ne concerne guère la Bretagne...)

• la lutte biologique pour la protection des cultures (contribuant à recréer une diversité d'insectes dans le milieu)

3. Le cas de la Bretagne

L'analyse qui précède permet de supposer une forte augmentation de la biodiversité dans une Bretagne biologique.
Au-delà d'un impact très positif de l'agriculture biologique sur la biodiversité bretonne, deux spécificités contradictoires semblent pouvoir être évoquées

• les choix techniques de l'agriculture biologique conduiraient au maintien d'un maillage bocager très nettement supérieur à celui de la Bretagne actuelle et l'on connaît l'impact majeur des haies sur les insectes, mammifères et oiseaux ;

• à l'inverse, l'usage actuellement fréquent du lithothamne (algue calcaire) en agriculture biologique est préjudiciable à l'écosystème marin spécifique créé autour de cette algue. Il est donc nécessaire que les systèmes de grandes cultures bio limitent l'usage du lithothamne.

Etant donné l'importance des facteurs systémiques sur la biodiversité, une évaluation quantitative rigoureuse du différentiel « agriculture biologique » / « agriculture conventionnelle »imposerait de ... disposer déjà d'une grande région entièrement convertie en bio. A défaut, des études spécifiques sont cependant possibles pour préciser les facteurs favorables ou défavorables, et proposer des élements de modélisation théorique.


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