Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

L’eau et l’air victimes des pesticides

L’utilisation massive des pesticides est liée au développement fulgurant de l’industrie chimique mondiale qui produisait 1 million de tonnes de substances chimiques dans les années 1930 pour arriver à 400 millions de tonnes en 2005.

La France consomme chaque année 80 000 tonnes de produits phytosanitaires et cet usage excessif laisse des traces dans notre environnement et particulièrement dans les eaux, dans l’air, dans notre alimentation et dans les organismes.

75% des eaux superficielles et 57% des eaux souterraines sont contaminées et plus de 50 % des fruits et légumes contiennent des résidus.

Les tonnages après avoir atteint des sommets il y a quelques années ont légèrement diminué mais la fréquence des traitements sur grandes cultures continue d’augmenter. Selon " Agreste - primeurs"n° 137, ce sont ainsi 9 traitements différents qui sont utilisés sur la culture du blé, alors que les pommes reçoivent, elles, 27 traitements par an, la vigne une vingtaine !

C’est dans ce contexte que les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie ont demandé à l’INRA et au CEMAGREF d’organiser une expertise collective pour établir un état des lieux des connaissances sur lesquelles pourraient se fonder des actions visant à réduire le niveau actuel d’utilisation des pesticides et leurs impacts environnementaux.

Leur expertise reconnaît que "des risques pour la santé humaine apparaissent suffisamment plausibles pour être mentionnés, dans tous les rapports et pour justifier le lancement d’études épidémiologiques et la commande d’une expertise de l’INSERM", elle met surtout en avant " la nécessité de réduire les utilisations de pesticides pour en limiter les impacts."

En effet, l’agriculture intensive est extrêmement dépendante de l’utilisation de quantités importantes de produits phytosanitaires.

Le rapport INRA/CEMAGREF* propose des solutions réellement efficaces sous forme de "stratégies alternatives", aux premiers rangs desquelles la production intégrée et l’agriculture biologique.

La politique volontariste de certains pays européens de réduction de l’utilisation de pesticides est signalée.

Le Danemark par exemple qui a obtenu une réduction de 47% de 1987 à 1997, et de 20% de 1997 à 2002 et le troisième plan prévoit une nouvelle baisse. La Suède a obtenu 64% de réduction.

En France, les excès d’utilisation sont rendus possibles par les 10 ou 11 milliards d’Euros d’aides publiques directes ou indirectes injectées dans l’agriculture.

Le chiffre d’affaire des produits phytosanitaires est d’environ 1,8 milliards d’Euros par an. Les engrais chimiques et les pesticides représentent une manne pour les multinationales de l’agrochimie.

Les utilisations non agricoles des pesticides représentent environ 10% des quantités utilisées (collectivités, DDE, SNCF, jardiniers…), là aussi de gros efforts de réduction sont à réaliser.

L’association Lig’Air qui anime un réseau de surveillance en région Centre a fait paraître des études qui nous montrent que les pesticides ne se retrouvent pas uniquement sur un site donné au moment de leur utilisation, les villes ne sont pas épargnées par les pesticides d’origine agricole. On retrouve ces produits en tous les points de la planète, y compris dans la neige des sommets de montagne.

Le système engrais- pesticides a provoqué une perte de la biodiversité, non seulement végétale mais faunistique : les populations de bruants et d’alouettes ont diminué de 60% au cours des 25 dernières années tant en France qu’en Angleterre et la perdrix grise a en partie disparu de nos campagnes. Or les oiseaux sont des indicateurs infaillibles de l’état écologique des surfaces agricoles, certains champs cultivés intensivement sont devenus des déserts biologiques.

D’après le cahier de la MISE (Mission inter service de l’eau) traitant de "la qualité des eaux douces et littorales dans le Finistère en 2005 « , les molécules les plus fréquentes trouvées dans les eaux brutes sont l’AMPA, métabolite du glyphosate, et dans les eaux souterraines la déséthyl-atrazine, métabolite de l’atrazine dont l’utilisation est pourtant interdite depuis le 30 septembre 2003 …

Le bilan eau ne prend pas en considération les polluants émergents (substances pharmaceutiques, dioxines, hormones et les phtalates présents dans les plastiques PVC) et ceux d’origine micro biologique (micro algues, cyanobactéries), le listing des indicateurs est donc à compléter.

De nouvelles molécules sorties récemment sont tellement efficaces qu’elles sont utilisées à très faibles doses et deviennent quasiment indétectables dans l’eau des rivières et des nappes. La réduction des quantités annuelles utilisées n’est donc pas synonymes de réduction de la toxicité générale répandue.

Pour que les agriculteurs retrouvent la pleine maîtrise de leur activité et leur vraie place dans l’espace dans l’espace rural et dans la société, il faut relever le défi d’une agriculture non polluante et rentable dans une structure bocagère avec un nombre d’exploitation suffisamment dense pour un aménagement harmonieux du territoire. Opter pour une agriculture multifonctionnelle dont l’homme et la nature profitent de manière égale est un défi de taille. Toutes les bonnes volontés ne seront pas de trop et le temps est compté car, selon le Ministère de l’Agriculture, le nombre d’exploitations agricoles diminue de 2,5% par an. La "ferme France" a perdu 50.000 exploitations en 5 ans et 220.000 depuis 1988 et la politique de la PAC continue à accélérer cette évolution.

Il est évident que les consommateurs ont une responsabilité importante car les agriculteurs produisent en fonction de nos attentes. Réclamer des fraises en plein hiver, est-ce bien raisonnable ?

Comment ne pas utiliser de pesticides si on veut des pommes sans tache et sans défaut ? Comment des produits venus du bout du monde pourraient-ils conserver leur fraîcheur sans traitement préalable ?

Aussi faut-il adopter quelques habitudes de consommation incontournables :

  • consommer les fruits et légumes de saison
  • exiger des produits de bonne qualité nutritionnelle mais pas nécessairement beaux
  • soutenir les productions respectueuses de l’environnement (agriculture biologique, agriculture durable…)
  • soutenir les productions locales

Chacun agit en fonction de ses goûts et de ses moyens en ne perdant pas de vue que la préservation de la biodiversité passe aussi par nos assiettes.

Des efforts d’information devront être faits en direction des collectivités, des services de l’Etat, des particuliers pour mettre en pratique le slogan "Moins de chimie, c’est plus de vie ! "

La protection de l’environnement est en effet l’effort de tous et de chacun.

* Centre d’étude du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et forêts

SOURCES : "La lettre Eau" de France Nature Environnement n°34 mars 2006

POUR EN SAVOIR PLUS :

  • Livres :
    • "Pesticides, le piège se referme" de F. Veillerette Ed. Terre Vivante
    • Que mangerons-nous demain ? " de C. Rémésy Ed. Odile Jacob
  • Sites :
    • http://www.mdRGF.org (Mouvement pour les droits et le respect des générations futures)92 rue de Richelieu 75000 PARIS Tél : 0687562754
    • http://www.agrienvironnement.org (bonnes pratiques agrienvironnementales expliquées à l’aide de fiches
    • http://vienne.lpo.fr la LPO de Vienne donne des conseils pour jardiner au naturel –(3 fiches et affichettes téléchargeables)

et surtout signez la pétition de FNE pour l’interdiction du Cruiser et l’application immédiate du plan Ecophyto 2018 http://www.fne.asso.fr/fr/actualites/petitions.html

    • ne pas oublier non plus de soutenir Eric Petiot poursuivi pour avoir vanté les mérites du purin d’ortie. http://www.mdrgf.org
    • et le livre "Purin d’ortie et Cie" de Bernard Bertrand, Eric Petiot (Ed du Terran) Un livre dangereux pour les profits des multinationales des pesticides.

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