Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Démantèlement : nos inquiétudes étaient fondées

Clemenceau. Pas encore dans le vif du sujet

Quatre mois que le Clemenceau a rejoint le chantier anglais Able UK, dans le nord-est de l’Angleterre. Le navire reste à flot. Le chantier a dû régler quelques imprévus de dernière minute.

La préparation, avant dépollution, du Clemenceau se poursuit, à Hartlepool, en Angleterre, depuis maintenant quatre mois. Mais les grandes manoeuvres n’ont pas encore commencé, la grande porte devant refermer le bassin n’étant toujours pas achevée.

Interdit d’accès Un représentant du comité de vigilance autour de l’ex-Clemenceau s’est rendu en Angleterre la semaine dernière, afin de s’assurer de la bonne marche des opérations de démantèlement. Sur place, malgré les échanges préalables avec la direction du chantier anglais, l’accès lui a été refusé, aux portes du site. « Pas le moment, selon la direction d’Able UK », le laissant comme deux ronds de flan, à quelques centaines de mètres du porte-avions.

Arrivé début février, le Clem’ devrait être entièrement traité pour le début 2010, selon les estimations du chantier anglais.

De la route, Roger Abiven a pu constater que le Clem’ est toujours entouré des quatre autres navires américains. Des informateurs locaux lui ont raconté que le travail de préparation se poursuit, à l’intérieur du navire, par l’arrière seulement relié au quai. La grande porte qui devait venir refermer le bassin, huit semaines après l’arrivée du porte-avions, est toujours en travaux, malgré l’assurance du directeur du chantier, Peter Stephenson, d’assécher dans ce délai le bassin, toujours qualifié de véritable cale sèche par le directeur de la compagnie. Autre retard à l’allumage, le traitement des effluents et produits polluants liquides, qui devait s’effectuer par la route. L’autorisation n’a finalement pas été délivrée. Le chantier devra faire appel à un bateau-citerne pour recueillir les produits qu’il faudra évacuer de la coque. Les défenseurs de l’environnement anglais commencent également à pointer du doigt l’impact des rejets éventuels à la mer (la rivière de Tees), si le navire continue d’être traité à flot. Autre difficulté qu’a dû contourner le chantier : la réaction de la population locale à propos des conditions d’hébergement des ouvriers polonais appelés en renfort sur le chantier. Ils étaient logés dans des locaux de platesformes pétrolières en passe d’être démantelées. La vive réaction de la population locale a permis d’améliorer les conditions d’hébergement de cette main-d’oeuvre importée. « Nous aurions aimé accéder au chantier, pour nous faire une idée précise de ces conditions de travail », ajoutait, à son retour, le défenseur du démantèlement du Clemenceau à Brest. « Mais la direction nous a confirmé par écrit que ce n’était actuellement pas le bon moment ».

« Pas le moment » non plus pour la Marine Pour Jacques Cléguer, le responsable démantèlement des navires, qui suit particulièrement le Clemenceau pour la Marine et plus précisément pour le compte du service de soutien de la flotte, « le chantier avance normalement ». Mais il ne souhaite pas s’exprimer davantage sur l’avancée des travaux. « J’estime que ce n’est pas le moment », a-t-il ajouté, hier après-midi.

« Nos inquiétudes étaient fondées »

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« Non, ce chantier de démantèlement n’est pas le modèle ou la référence que nous a vendu l’État français ! » « Nos inquiétudes étaient bel et bien fondées », résume Roger Abiven, encore piqué au vif de n’avoir pu accéder au chantier. Et, pourtant, ce n’est pas faute d’avoir multiplié les demandes auprès de la compagnie industrielle anglaise.

« Nous continuerons de soutenir les opposants anglais qui, avec un nouvel avocat, préparent une autre procédureà l’encontre des dérogations accordées par l’agence anglaise pour l’environnement », annonce Roger Abiven, sur place les 26 et 27mai.

Engagements non respectés « Enfin, les journalistes anglais et notamment ceux de la BBC, qui suivent de près le dossier, sont à la même enseigne (...).On se demande à quel moment il sera opportun d’aller vérifier les conditions de travail sur place ! ». Pour Jean-Paul Hellequin, de Mor Glaz, le chantier choisi ne respecte pas ses engagements. Il revient sur la fameuse cale sèche qui, d’après Roger Abiven, n’en sera jamais une et le retard accumulé dans la fabrication de ce bâtardeau géant. « L’épisode du scandaleux hébergement des ouvriers polonais, dans des plates-formes en attente de démantèlement, nous montre qu’il n’est pas nécessaire de pousser jusqu’en Inde pour rencontrer des conditions de travail déplorables ». La désillusion s’amplifie d’ailleurs auprès d’une population qui attendait comme une bulle d’oxygène l’arrivée de ce grand bateau porteur d’emplois. Mais le renfort d’une main-d’oeuvre polonaise a douché les plus enthousiastes.

20.000t à avaler pour la fin de l’année Ce qui n’empêche pas le chantier d’avoir fait une demande de subvention d’un million de livres, au vu de l’effondrement du cours de l’acier recyclé. Les autorités locales doivent se prononcer au plus vite sur ce coup de pouce providentiel. « Nous allons demander des comptes à l’État français. Qu’on nous informe régulièrement de l’avancée et des conditions réelles de travail sur le site ! », espèrent Hervé Cadiou et Roger Abiven. La France a toujours une responsabilité dans le traitement de ce navire, même confié aux Anglais. En matière de délais, les membres du comité de vigilance se demandent comment le chantier va réussir à avaler cette coque de 20.000t avant la fin de l’année.

Stéphane Jézéquel Le Télégramme - Brest - 03/06/2009


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