Bretagne Vivante - Section Rade de Brest

Agriculture : la campagne présidentielle n’est pas à la hauteur

Etape essentielle du débat démocratique, la campagne des élections présidentielles devrait permettre aux candidats de faire part de leurs analyses, de présenter leurs propositions, et d’éclairer les citoyens sur les enjeux essentiels qui se posent au pays.

La question de l’avenir de l’agriculture, de sa contribution à la politique de l’emploi, à la création de richesses, à la protection des ressources naturelles, se pose avec une acuité toute particulière dans nos départements de l’Ouest.

Pourtant, force est de constater la pauvreté affligeante du débat présidentiel sur cette question majeure pour l’avenir de nos territoires ruraux, de notre cohésion sociale, et de notre alimentation.

Nous aurions apprécié que les candidats nous indiquent comment ils comptent inverser la dramatique hémorragie des exploitations agricoles depuis dix ans (- 17000), les pertes d’emplois dans la production (- 25% d’actifs) et dans la transformation agro-alimentaire (- 4000), pour ne citer que les seuls chiffres de la Bretagne.

En cette période de restriction budgétaire qui impose de rechercher cohérence et efficacité, nous aurions aimé savoir comment les candidats envisagent de gérer les subventions de la Politique Agricole Commune versées aux exploitations agricoles. Tiendront-elles compte du nombre d’actifs par ferme, seront-elles liées aux performances environnementales des exploitations, encourageront-elles l’innovation et la recherche d’une meilleure valeur ajoutée ?

Chacun le sait : ici dans l’Ouest, les défis environnementaux à relever sont nombreux : économie d’énergie, lutte contre les algues vertes, préservation de la biodiversité, du bocage et des zones humides, réduction des pesticides … Les efforts déjà accomplis doivent être amplifiés et les citoyens ont besoin connaître les choix des différents candidats : dans quelle proportion réorienter les aides économiques en faveur des systèmes de production durables, comment appliquer le principe pollueur-payeur à l’activité agricole, où faut-il placer le curseur entre l’incitatif et le réglementaire, comment éviter l’accaparement du foncier par les élevages industriels ?

A ces questions qui touchent aux orientations de la politique agricole, s’ajoutent celles de la gouvernance : faut-il laisser aux organisations agricoles et au seul ministère de l’agriculture, le monopole de la concertation et de la décision, alors qu’à l’évidence, les questions d’agriculture, d’alimentation, et donc de santé publique, sont si étroitement imbriquées ? Est-il raisonnable de confier la décision finale de mise sur le marché ou de retrait d’un pesticide au seul ministère de l’agriculture ? Quelle organisation mettre en place dans notre pays pour booster l’agriculture biologique, améliorer la qualité de notre alimentation, réduire les risques qui pèsent sur la santé publique du fait de l’utilisation de produits chimiques ou d’organismes génétiquement modifiés, ou encore préserver les semences fermières ? Quelle stratégie adopter pour réduire notre dépendance aux importations de protéines, et encourager la souveraineté alimentaire de chacun des pays du monde ?

Toutes ces interrogations que se posent les élus ruraux, les acteurs agricoles, les réseaux associatifs, et au-delà de nombreux citoyens, demeurent pour l’instant sans réponse dans cette campagne des élections présidentielles.

Nous le déplorons, car il y a urgence : nous savons que l’agriculture en particulier dans l’Ouest, n’aura d’avenir que si celui-ci est construit autour d’une nouvelle perspective soutenue par la société toute entière.

Sauf à vouloir laisser l’agriculture être soumise à la tyrannie des marchés, à la seule loi du court terme, où à la violence des rapports de force, il est urgent que les candidats nous déclinent leur vision et leur programme pour une activité essentielle à l’équilibre de notre société.

  • Jo HERVE, Président d’Eau & Rivières de Bretagne
  • Jean CABARET, Porte Parole de la Confédération Paysanne Bretagne
  • Yvonne FONTAINE, Présidente de la Maison de la Consommation et de l’Environnement
  • Jean-Paul GABILLARD, Président de la Fédération Régionale de l’Agriculture Biologique
  • Jean-Luc TOULLEC, Président de Bretagne Vivante
  • Jean-Michel BOIRON, Président de la Fédération Régionale des CIVAM
  • Armina KNIBBE, Présidente de Cohérence
  • Thérèse FUMERY, Présidente de l’Association Régionale de l’Agriculture Paysanne

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